À l’heure de la récréation, à l’école de Font-Romeu, vers 1944

« C’est l’heure, il faut rentrer les enfants, la récréation est finie ». Sur ces mots, Mademoiselle Vigué, la maîtresse de la « grande classe » referme rapidement la fenêtre pour que la salle de classe, chauffée par le gros poêle qui trône au milieu, ne se refroidisse pas. L’ordre n’a pas un effet immédiat car il faut qu’il arrive aux oreilles des élèves les plus éloignés qui viennent tout juste d’atteindre le bas de la pente, à hauteur de la maison Buscail. En effet, il a neigé quelques jours plus tôt et, comme à l’accoutumée, on a déjà consacré quelques récréations à damer la descente « de Calderer » (ou « de Manero ») en la gravissant en escaliers, les uns derrière les autres. Peu à peu, la pente s’est transformée en une belle piste que l’on dévale jusqu’au croisement de la route nationale. Là, on s’arrête comme on peut, les skis n’ayant pas de carres. Quelques jours plus tard, la neige a durci et c’est désormais en luge que la descente s’effectue.

La récréation est donc terminée : on remonte la pente en courant en tirant les luges derrière soi. Les maîtresses des deux classes sont d’une grande patience et d’une grande gentillesse. Mademoiselle Roussel sourit en voyant les petits émerger de l’igloo qu’ils ont élevé en contrebas de l’école. Les grands s’engouffrent à leur tour dans leur salle de classe après avoir abandonné leurs skis et leurs luges au rez-de-chaussée et avoir ôté la neige de leurs souliers en tapant du pied sur le sol du préau.

Difficile pour nos petits sauvageons d’imaginer une cour de récréation limitée par des murs ou des grilles. Ici, on est libre d’aller où l’on veut. Toutefois, personne n’abuse de ce privilège. En été, on s’élance dans la pente, sous les vieux sorbiers, jusqu’au « champ de l’école », un peu plus bas. Là, on pourra organiser une petite partie de football après avoir délimité les buts à l’aide de tricots posés sur le sol. D’autre fois, on pousse jusqu’à la cabane où se repose le gros cheval de M. Mensa et on escalade le gros rocher. D’autres fois encore, on grimpe dans un arbre où on a préalablement hissé quelques planches permettant de se reposer à bonne hauteur.

Au mois de juin, on s’aventure plus loin. Le feu de la Saint-Jean approche et il s’agit de récolter du bois sec et aussi un grand mât auquel on attachera les autres branches. Mais pas question de couper un arbre près de l’école : Estève, le garde-champêtre, veille et ses grosses moustaches effraient les enfants. On ira donc plus loin, sur le chemin de Superbolquère, où le larcin passera inaperçu.

Dans tous les cas, on se débrouille pour rentrer à temps et ne pas fâcher les bonnes maîtresses qui n’élèvent jamais la voix et ne risquent pas de tirer des oreilles qui parfois… le mériteraient quand même un peu.

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