Climatisme et architecture

À Font-Romeu, une curiosité patrimoniale : le sanatorium héliothérapique de la Fédération des Écoles Publiques (1920-1924)

Élevé dans une clairière, dans la forêt que surplombe le Calvaire, le sanatorium de la Fédération des Écoles Publiques (ou des Pupilles de l’Ecole Publique, PEP) est l’un des 350 sanatoriums de cure construits ou aménagés sur le territoire français entre 1900 et 1960.

Sanatorium héliothérapique d’Odeillo, façade sud

Son architecture reprend les éléments d’un programme médical et social spécifique. Notons, entre autres : un plan en T comportant une aile allongée, orientée plein sud sur 4 niveaux bordés de galeries découvertes suffisamment larges pour que l’on puisse y rouler les lits des malades et suffisamment hauts pour permettre l’exposition directe au rayonnement solaire, et une aile transversale abritant les services ; ainsi qu’un parc destiné à la promenade situé sur l’avant du bâtiment.

Sanatorium héliothérapique d’Odeillo, façade nord

La cure antituberculeuse proposée à Font-Romeu obéit aux principes élaborés entre 1860 et 1890 par les médecins allemands Hermann Brehmer et Peter Dettweiler (les malades doivent rester allongés et être exposés à l’air et au soleil), puis développés, au début du XXe siècle, par le médecin suisse Oskar Bernhardt et son élève Auguste Rollier, tous deux chantres de l’héliothérapie. L’architecture s’associe plus que jamais à la médecine et lors du 14è Congrès international pour la lutte contre la tuberculose, en 1907, le médecin allemand David Sarason expose le concept de l’immeuble à gradins destiné à capter le maximum de lumière solaire, un type de construction caractérisé par l’échelonnement de toits-terrasses en béton armés disposés en retrait les uns par-rapport aux autres. Ce principe sera bientôt appliqué aux immeubles d’habitation (en France, il fait l’objet, en 1912, d’un dépôt de brevet par les architectes Henri Sauvage et Charles Sarrazin). Soulignons cependant que si le concept de l’immeuble à gradins est érigé en dogme dans le contexte de la cure antituberculeuse de la première moitié du siècle, le choix des formes et des matériaux est laissé au libre arbitre des architectes.

Si le sanatorium héliothérapique de Font-Romeu, conçu sur les plans établis par Louis Feine dès 1918 et construit à partir de 1920, ne comporte pas de façade en gradins à proprement parler (voir ci-dessous photographie du bâtiment vu de côté : les balcons sont disposés les uns au-dessus des autres et non en décrochement), il répond en tous points au programme de la cure héliothérapique.

Sanatorium héliothérapique d’Odeillo, façades sud et ouest

[À noter : dans la seconde moitié des années 1920,  la cure héliothérapique est également pratiquée à Font-Romeu à la clinique L’Espérance, dirigée par le docteur Capelle.]

Il est également l’un des plus hauts d’Europe (1800 mètres), la plupart des établissements de montagne étant de préférence construits aux alentours de 1500 mètres (comme ceux de Davos ou de Leysin).

Sa construction est l’œuvre de la Fédération des Écoles Publiques qui voit le jour en 1915 pour venir au secours des orphelins de guerre. Pendant l’entre-deux-guerres, la Fédération se lance dans une grande croisade sanitaire en finançant la construction de nombreux bâtiments de cure (sanatoriums, préventoriums, aériums).

Rappelons que dans la dernière moitié du XIXe siècle, la tuberculose (ou phtisie) est l’un des fléaux sanitaires majeurs en France, avec l’alcoolisme et la syphilis. En 1920, elle est encore la cause de 85 000 décès sur le territoire.

Comme le rapporte le quotidien Le Temps, le 11 avril 1923, la construction du sanatorium « d’Odeillo » a été financée en partie par des mécènes comme Ernesta Stern, femme de lettres et philanthrope :

[…] La construction de l’établissement d’héliothérapie en altitude que la fédération [des pupilles de l’école publique] a entreprise pour la cure des tuberculoses chirurgicales à Odeillo est en voie d’achèvement et l’installation des services aura lieu dans les premiers mois de 1924. Cet établissement, unique en France, put être commencé grâce au don magnifique d’un million que fit Mme Louis Stern, et M. Charles Stern offrit 50.000 francs pour faciliter les premiers frais d’études.

Depuis 1999, vingt sanatoriums ont reçu le label « Patrimoine du XXe siècle ». Si ce n’est pas le cas de celui de Font-Romeu (seul le Grand Hôtel figure sur cette liste), ce bâtiment vaut le détour par le charme suranné qui se dégage de son architecture et le cadre forestier magnifique qui l’abrite.

Sources :

Grandvoinnet, Philippe. Architecture thérapeutique : histoire des sanatoriums en France (1900-1945). Genève,  MétisPresses, 2014.

Laget, Pierre-Louis.  « L’invention du système des immeubles à gradins. Sa genèse à visée sanitaire avant sa diffusion mondiale dans la villégiature de montagne et de bord de mer », In Situ 24 (2014).

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