Font-Romeu

Des « Chalets d’Odeillo » aux villas de l’entre-deux-guerres

Les Chalets d’Odeillo

(aussi appelés « les Jardins de Font-Romeu » ou les « chalets de la Garden City »)

Dès 1903, des propriétaires aisés (industriels, horticulteurs, négociants, pharmacien, directeurs d’école) de Perpignan, Montpellier, Barcelone et Arcachon font bâtir des maisons individuelles (appelés les Chalets d’Odeillo) à l’architecture variée.

En 1910, ils fondent un « Syndicat d’initiative des Chalets d’Odeillo »* qui a pour vocation de faire connaître la nouvelle station climatique de Font-Romeu (1912).

Les chalets servent en premier lieu de résidence de villégiature pendant les mois d’été.

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Le Grand Hôtel

Le contexte et les figures pionnières

Édifice emblématique de la station, le Grand Hôtel a été édifié sur une idée d’Albert Lafargue, natif de Perpignan, professeur de mathématiques au lycée Condorcet (Paris), qui s’adjoint le concours du journaliste et homme politique  Emmanuel Brousse (1866-1926, conseiller général et député des Pyrénées-Orientales) pour lancer un palace (hôtel et casino) en altitude, à Font-Romeu.

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Le « Congrès de Font-Romeu » et la naissance de la revue Esprit en août 1932

En août 1932, un élan révolutionnaire souffle sur Font-Romeu

C’est à Font-Romeu, le 16 août 1932, qu’un groupe de jeunes intellectuels comptant, entre autres, Jean Daniélou (philosophe et théologien, membre de l’Académie française en 1972) Georges Izard (avocat destiné à une brillante carrière, il s’illustrera notamment lors de l’affaire Kravchenko en 1949), André Déléage (médiéviste et lalors bibliothécaire à l’Université de Toulouse), Louis Galey (alors étudiant aux Beaux-Arts) et le philosophe Emmanuel Mounier jette les bases de la revue Esprit* (dont le premier numéro paraîtra en octobre 1932).

Dans le contexte de crise politique et spirituelle qui éclate alors en Europe, le groupe, réunit en « congrès », est déterminé à « refaire la Renaissance », selon le mot d’Emmanuel Mounier, son chef de file, et à revoir les valeurs du monde moderne en prônant une doctrine « personnaliste » fondée sur la fraternité et la pluralité.

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Le Couronnement de la Vierge en 1926

Le Couronnement de la Vierge, le 4 août 1926, en présence de 10 000 pèlerins, marque un date importante pour le sanctuaire et le culte marial.

A cette occasion, les fidèles du diocèse offrent deux couronnes (une pour la Vierge et une pour l’Enfant Jésus) en or massif serties de pierres précieuses, fabriquées par la Maison Velzy, à Perpignan. Une plaque commémorative placée sur le mur gauche de la chapelle rappelle l’événement.

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Connaissez-vous le « Font-Romeu »?

Heureux le Romeufontain ou le visiteur en villégiature dans la station qui a pu savourer le « Font-Romeu », ce délicieux « gâteau de voyage » inventé il y a plus de 70 ans, fruit du savoir-faire de la maison Lacombe, fondée par Gabriel Lacombe, chef pâtissier du Grand Hôtel.

Les Lacombe (à droite) devant leur élégante pâtisserie-salon de thé. Gabriel Lacombe, natif de Saint-Etienne a été le chef pâtissier du palace. A gauche, Madame Cayrol.

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L’Aplec du 8 septembre

  1. L’Aplec de Font-Romeu, traditionnellement célébré le 8 septembre, fait partie des fêtes religieuses données en l’honneur de la Vierge à travers toute la Cerdagne.

Le traditionnel pèlerinage, dont l’origine remonte à la légende de l’Invention (voir article sur l’Ermitage) est  un important rendez-vous pour la communauté pastorale du diocèse de Perpignan et, plus largement, pour la population de la Cerdagne, du Capcir et du Haut Conflent.

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Quand Llivia était capitale de la Cerdagne

Quand Llivia était capitale de la Cerdagne.

Source : wikipedia Llivia.

Jusqu’en 1177 Llivia est la capitale de la Cerdagne. Elle a depuis perdu ce titre au profit de la ville de Puigcerda. Nous développerons ce point plus loin.

Llivia a une histoire pluri millénaire. On sait que, déjà, 3000 ans avant Jésus- Christ, Llivia était peuplée. Son nom initial était Kerre  qui désigne une chaîne montagneuse, ou rocher. Le nom de Cerdagne vient de là : Cerdagne, Ceretania, Kerretania, Kerre. A les Queres, on a trouvé des haches en pierre polie et d’autres outils, ainsi que de la poterie. À la colline du château de llivia, on a trouvé des pièces de l’âge du bronze et à Les Feix de la Colomina à Dorres de la poterie du deuxième âge de fer cerdane. Llívia a été peuplée sans interruption dès la fin de l’Âge du Fer.

On retrouve Llivia dans la mythologie grecque et dans le mythe de la création des Pyrénées. En effet, la légende raconte que le demi-dieu Héraclés, revenant de l’île d’Erythie (île mythique située aux confins du monde connu tout au sud de l’actuelle Cadix, qui était le domaine de Géryon, géant à trois corps), après avoir volé les taureaux de Géryon, a choisi Llivia pour se reposer et y a construit une ville (d’ailleurs Héraclés préside les armoiries de la ville de Llivia). Héraclés séduit Pyrène. Celle-ci, désespérée de son départ, s’enfonça dans les forêts et fut tuée par des bêtes sauvages. Lorsque Héraclés revint à Llivia, il lui éleva un tombeau dont on a fait les Pyrénées.

On sait qu’ Hannibal est passé par les Pyrénées pour rejoindre l’Italie et attaquer les Romains. Hannibal avait des alliés de l’autre côté des Pyrénées, en Hispanie. Les Romains, quant à eux, sont venus en Cerdagne où la population autochtone était de leurs côtés dans la lutte qu’ils menaient contre les armées de Carthage. C’est ainsi que, vers 200 av J.C, après la deuxième guerre punique, les Romains progressent par la vallée de la Têt et arrivent en Cerdagne. Ils s’installent dans cette ville ancienne et importante, qui était à cette époque placée dans une colline très stratégique proche d’aquae calidae (eaux thermales : village actuel des Escaldes).

Un castrum (camp fortifié romain) a été construit et, par conséquent, l’ancienne Kerre est devenue la capitale de la Ceratania. Jules César la nomme alors Iulia Lybica et lui offre le droit latin, privilège réservé à un nombre réduit de villes. Devenue municipe, la ville était alors administrée par les mêmes lois que Rome et n’était donc pas traitée comme une simple possession conquise ; ses habitants reçurent les droits civils de citoyens romains. Le nom de la ville serait lié à l’impératrice romaine Livie, épouse d’Auguste et mère par un mariage précédent de Tibère.

En 116, la ville est détruite par une émeute.

L’empereur Hadrien, entre 117 et 138, envoie une colonie pour repeupler et restaurer la ville sous sa protection.

Lors de diverses fouilles, on y a trouvé des monnaies allant de l’époque de Jules César à celle de Septime Sévère, des poteries, des céramiques sigillées (vases, assiettes…), des silos, des pièces au sol en opus testaceum (en briques) et en opus tessellatum (mosaïques antiques), des mosaïques, une nécropole, la structure probable d’un temple… qui laissent à penser que Iulia Lybica était une ville importante.

Voilà ce que l’on peut dire de l’histoire antique de llivia, voyons maintenant ce qu’il s’est passé au Moyen-âge :

Le Castrum Libyae, encore capitale de la Cerdagne, est une place forte très importante au temps des Wisigoths. D’après l’histoire Rebellionis Pauli contre Wamba de Julien Toledo, au viie siècle a lieu à Llívia une émeute importante contre le pouvoir royal de Tolède. Les rebelles ont à leur tête le comte Pau, autoproclamé roi de la Septimanie et de la Tarraconensis ; il est appuyé par les autochtones et les Francs du roi mérovingien Childéric II.

En 672, le roi wisigoth d’Hispanie, Wamba, attaque et prend le château de Llívia.

Au viiie siècle, la région est conquise par les musulmans. Llívia s’appelle alors Medinet-el-bab (la « ville de la porte »). La ville joue un rôle important, car elle commande la présence arabe dans la Cerdagne et permet l’entrée dans la Francie Occidentale dont les troupes musulmanes tentèrent la conquête en 721. Munuza Utaman Abu Nâsar (Munuz), gouverneur musulman de la province pyrénéenne, choisit Llívia comme siège de son pouvoir dans l’émeute contre le pouvoir central de Cordoue en 730. C’est à Llívia que ce même Munuz épouse Lampégie (désignée aussi sous les noms de « Numérance » ou « Ménine »), fille de Eudes d’Aquitaine, duc de Vasconie. Leur fin fut tragique : Munuz fut tué par ses coreligionnaires car ils se méfiaient de ses négociations avec les chrétiens, et Lampégie finit dans le harem du calife. Leur histoire inspira l’auteur catalan du xixe siècle Victor Balaguer i Cirera et le musicien Déodat de séverac.

En 731, le Castrum Lybiae fut fortifié à nouveau.

En 759, Pépin le Bref reprend la Septimanie, le Roussillon et la Cerdagne aux musulmans.

En 815, Llívia devient la résidence du comte Frédol de Cerdagne.

En 839, le comte Sunifred, père de Guifré le Poilu, qui a habité et gouverne la ville de Llívia, arrête l’invasion arabe près de Ribes de Freser.

En 1177, Alfons I fonde Puigcerda, qui devient la capitale de la Cerdagne.

Dépossédée du titre de capitale, Llívia conserve toutefois un intérêt militaire grâce à son château.

En 1257, Jaume I le conquérant accorde le droit de construire et d’habiter au bas du château, à condition de ne pas abandonner les maisons construites en haut de la colline.

De 1276 à 1343, la Cerdagne passe dans les mains de son fils cadet Jaume II et fait partie du Royaume de Majorque.

Pendant le règne de Pierre IV le cérémonieux, le viguier de Cerdagne, d’après une disposition royale de 1351, continue d’habiter le château de Llívia même si elle n’est plus la capitale de la Cerdagne.

En 1345, le château appartient à Guillem de So.

En 1347, il appartient à Bernat de So, comte d’Evol, fils de Guillem de So.

En 1359, on dénombre dans le village 21 feux (105 habitants environ).

En 1360, le château passe aux mains de Pierre de Baioles.

En 1362, il appartient à Pons Descallar.

En 1462, à la suite du Traité de Bayonne, le Roussillon est administré par la France et les troupes montent en Cerdagne.

En 1463, la révolte en Catalogne amena Louis XI à annexer le Roussillon et la Cerdagne et à nommer Jean de Foix lieutenant du Roi.

En 1471, le Roussillon et la Cerdagne sont administrés, jusqu’en 1491, par Boffille de Juge, chambellan de Louis XI.

En 1472, Jean II d’Aragon tente de récupérer, sans succès, le Roussillon et la Cerdagne.

En 1473, les Français sont chassés par la population de Llívia.

En 1474, les troupes de Louis XI attaquent à nouveau et récupèrent Llívia.

En 1479, Louis XI, ayant acheté le château de Llívia à la famille Descallar, le détruit, afin de garder ouverte l’entrée vers les royaumes espagnols en cas de guerre.

En 1493, sous Charles VIII et par le Traité de Barcelone, le Roussillon et la Cerdagne sont abandonnés à Ferdinand II d’Aragon et Llívia est rendue à la famille Descallar. Llívia, sans château et ayant perdu son titre de capitale, fut immédiatement mise sous protection royale. Jusqu’au xvie siècle, Llívia est régie par un maire et un conseiller municipal. Dans la seconde partie du xvie siècle, les anciens privilèges ont été compilés au livre Ferrat, auquel d’autres textes, des xvie et xviie siècles, ont été ajoutés.

En 1582, l’empereur Charles d’Allemagne et d’Espagne accorde à Llívia le titre de ville.

Le 7 novembre 1659, par le traité des Pyrénées, Luis de Haro et le cardinal Mazarin décident de la division. La France annexe le comté de Roussillon, les pays de Vallespir, de Conflent et de Capcir et les bourgs et villages de l’est du comté de Cerdagne, Llívia étant convoitée par les deux couronnes. Le 22 novembre 1660, le traité de llivia est signé, laissant Llívia à l’Espagne. Pourtant, deux ans plus tard subsistaient encore des controverses.

Le 26 mai 1866, afin de clarifier le traité des Pyrénées, signé en 1659, les Français et les Espagnols signent le traité de Bayonne, dont l’article 16 établit définitivement le périmètre de l’enclave, Miguel de Salba clamant que le traité parlait de villages et pas de villes. Llívia ayant été faite ville en 1582, elle fut conservée par l’Espagne et devint dès lors une enclave. Désormais, sur le terrain, une « route neutre» (sans contrôle douanier) de 4 km relie Llívia au territoire espagnol et à la ville de Puigcerdà. Cette situation a particulièrement favorisé le développement d’activités de contrebande.

Le 11 février 1939, à la fin de la guerre civile espagnole, les autorités nationalistes demandent la permission aux autorités françaises d’occuper Llívia, ce qui est accepté par le gouvernement Daladier.

Jusqu’à l’ouverture des frontières en 1995, l’enclave de Llívia n’était reliée au reste de l’Espagne que par la « route neutre ». Depuis, cette route est nationale en Espagne, N-154, et départementale en France, D 68 et D 33c. L’enclave est aussi reliée à Estavar et à Saillagouse par .

 

Grotte de Fontrabiouse

Découverte par hasard en 1958, dans une carrière de marbre surplombant le village de Fontrabiouse en Capcir, cette grotte a été creusée (par la rivière qui traverse le village) à travers une veine calcaire qui va de Merens en Ariège jusqu’à Villefranche de Conflent.

Sur 1 km, on peut contempler le long des galeries et des salles, de magnifiques concrétions et des couleurs étonnantes : du blanc pur du calcaire au rouille cuivré du fer en passant par le noir intense du manganèse.

Colonnes, stalagmites et stalactites, draperies, cristaux et autres bouquets d’aragonites sont à découvrir.

Laissez vagabonder votre imagination et laissez vous aller à la rêverie que cette grotte suscite.

La Centrale Solaire Thermodynamique de Llo

Au dessus du charmant village de Llo, à 20 minutes de Font-Romeu, on aperçoit un champ de panneaux solaires qui se reflètent au soleil. De quoi sagit-il ?

Il s’agit d’une Centrale Solaire Thermodynamique qui vient s’ajouter au riche patrimoine scientifique qui exploite l’énergie solaire en Cerdagne : les Four Solaire d’Odeillo et de Mont-Louis et la Centrale Solaire Thémis.

Sur 36 hectares, 153 000 m² de miroirs ont été mis en place pour un coût de 60 millions d’euros.

Le principe est simple : de l’eau circulant dans 12 km de tubes est chauffée à 286 degrés par les panneaux solaires (qui suivent la course du soleil), et est ainsi transformée en vapeur. Une partie de cette vapeur est ensuite stockée à très haute pression dans 9 cuves de 120 m3 chacune. L’autre partie de la vapeur est envoyée dans une turbine entraînant un alternateur produisant de l’électricité, connectée sur le réseau local.

La particularité de cette centrale est d’être la première au monde à stocker de l’énergie dans des cuves. Ce qui permet de produire de l’électricité en continue, le jour par le circuit normal et la nuit grâce à la vapeur stockée pendant la journée dans les cuves, même quand il n’y a plus de soleil.

La centrale produit 9 MW électrique et permet à la Cerdagne d’être une région à électricité positive, c’est à dire qui produit plus d’électricité qu’elle n’en consomme (grâce aussi à ses centrales hydroélectriques).

En Cerdagne et en musique avec Déodat de Séverac

Le cycle pour piano Cerdaňa imaginé par Déodat de Séverac en 1911 est le souvenir d’une équipée en Cerdagne. Comme les titres des divers morceaux qui le composent l’indiquent (voir ci-dessous), le musicien a voulu souligner le travail et la foi ardente des paysans de cette terre montagneuse. L’atmosphère du cycle est lumineuse et sensuelle. Elle plonge l’auditeur dans un tourbillon d’impressions pittoresques.

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Climatisme et architecture

À Font-Romeu, une curiosité patrimoniale : le sanatorium héliothérapique de la Fédération des Écoles Publiques (date de construction : 1920-1924)

Élevé dans une clairière, dans la forêt que surplombe le Calvaire, le sanatorium de la Fédération des Écoles Publiques (ou des Pupilles de l’Ecole Publique, PEP) est l’un des 350 sanatoriums de cure construits ou aménagés sur le territoire français entre 1900 et 1960.

Sanatorium héliothérapique, façade sud

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Jean Vigo à Font-Romeu (1926-1928)

Retour sur image : Jean Vigo à Font-Romeu (1926-1928)

Le réalisateur (1905-1934) dont l’œuvre fulgurante a marqué le développement du cinéma de ses rythmes inédits et de ses points de vue insolites, a vécu à Font-Romeu, de 1926 à 1928, des mois de convalescence placés sous le double sceau de la dépression et de l’élan.

Souffrant d’une tuberculose chronique, Vigo est admis, en août 1926, à l’âge de 21 ans, à la clinique de l’Espérance, dirigée par le docteur Capelle. Son séjour à Font-Romeu se prolongera jusqu’à l’automne 1928, ponctué de voyages à Paris et à Montpellier. Continuer la lecture de « Jean Vigo à Font-Romeu (1926-1928) »

Il y a 100 ans : Font-Romeu dans les pages de la Revue des Deux Mondes

Louis Bertrand, « Font-Romeù – Au pays des Notres-Dames », Revue des Deux Mondes, 6e période, tome 47, 1918 (p. 329-362)

Le titre de cet article, publié en 1918, sera repris dans l’un des chapitres de Font-Romeu, le livre que Louis Bertand publiera en 1931, chez Ernest Flammarion et qui porte en exergue les paroles du « Goigs de Notra Senyora de Font-Romeu » : Y esperit y cor los deixo posats en Font-Romeu (et l’esprit et le cœur, je les laisse à Font-Romeu).

En 1918, quelques semaines avant la fin du conflit mondial, un long article sur Font-Romeu paraissait dans la prestigieuse Revue des Deux Mondes. Signé de l’écrivain et essayiste Louis Bertrand, il compte quelques-uns des plus belles pages écrites à ce jour sur Font-Romeu et ses environs. Sous la plume élégante du futur académicien, la « petite Cerdagne » se pare de l’aura puissante d’une terre de confins et de « passages ». « Coin de terre privilégié immédiatement intelligible pour l’âme », elle se découvre tout à la fois austère « cuve granitique » gardée par de hiératiques sommets aux impassibles visages semblables à ceux des sphinx de l’Egypte antique et somptueux manteau tissé de prairies aux mille fleurs et serti de lacs et de « mouillères ». Étayée par la grande érudition de l’auteur, la description des hommes et des femmes vivant dans ces marches reculées rappelle la diversité des origines ethniques et la richesse des croisements culturels issus des vagues d’invasions successives (Maures, Goths et Francs). Continuer la lecture de « Il y a 100 ans : Font-Romeu dans les pages de la Revue des Deux Mondes »

À l’heure de la récréation, à l’école de Font-Romeu, vers 1944

« C’est l’heure, il faut rentrer les enfants, la récréation est finie ». Sur ces mots, Mademoiselle Vigué, la maîtresse de la « grande classe » referme rapidement la fenêtre pour que la salle de classe, chauffée par le gros poêle qui trône au milieu, ne se refroidisse pas. L’ordre n’a pas un effet immédiat car il faut qu’il arrive aux oreilles des élèves les plus éloignés qui viennent tout juste d’atteindre le bas de la pente, à hauteur de la maison Buscail. En effet, il a neigé quelques jours plus tôt et, comme à l’accoutumée, on a déjà consacré quelques récréations à damer la descente « de Calderer » (ou « de Manero ») en la gravissant en escaliers, les uns derrière les autres. Peu à peu, la pente s’est transformée en une belle piste que l’on dévale jusqu’au croisement de la route nationale. Là, on s’arrête comme on peut, les skis n’ayant pas de carres. Quelques jours plus tard, la neige a durci et c’est désormais en luge que la descente s’effectue.

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